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Confucius et la Musique by Hongbo WANG

January 28, 2013

Confucius et la Musique

Confucius était et est toujours présenté comme: grand philosophe, Maître, politicien, éducateur. Mais parmi ces titres glorieux, on ne l’a jamais présenté comme un grand musicien. D’une façon juxtaposée, en réalité, il était aussi un musicien par excellence. Voici une petite histoire qui le prouve: Confucius apprend à jouer le 琴 1(qin) avec le Maître de musique: Xiangzi:

【原文】:
孔子学琴于师襄子,襄子曰:「吾虽以击磬為官,然能于琴,今子于琴已习,可以益矣。」孔子曰:「丘未得其数也。」有间,曰:「已习其数,可以益矣。」孔子曰:「丘未得其志也。」有间,曰:「已习其志,可以益矣。」孔子曰:「丘未得其為人也。」有间,孔子有所谬然思焉,有所睾然高望而远眺。曰:「丘迨得其為人矣。近黮而黑,颀然长,旷如望羊,奄有四方,非文王其孰能為此?」师襄子避席叶拱而对曰:「君子,圣人也,其传曰<文王操>。」–《孔子家语辨樂解第三十五》2

Traduction:
Confucius apprenait à jouer le qin avec Maître Xiangzi.  ‘‘Bien que ce soit à force de jouer le 磬 3(qing) que je devins Officiel Musical, mais en réalité, je suis surtout bon pour jouer du qin (琴). Maintenant, tu as appris cet air de qin, tu pourras apprendre d’autre chose.’’ dit Maître Xiangzi. Après l’avoir écouté, Confucius ne se précipita pourtant pas à apprendre d’autres choses, mais lui répondit:  ‘‘Non, je n’ai pas encore maîtrisé la technique !’’
Confucius se mit donc à pratiquer avec ferveur pendant un certain temps, et bientôt, il acquit la technique. Alors, Maître Xiangzi lui dit: ‘‘Maintenant, tu as maîtrisé la technique, il est le temps d’apprendre d’autres choses. » Confucius lui répondit:  « Mais je n’ai pas encore vraiment compris ce que la chanson veut exprimer. » Après quelques temps de pratique avec concentration, il comprit le sens de la chanson. A ce moment, Maître Xiangzi lui dit: « Tu as compris le sens, tu peux maintenant apprendre d’autres choses » Mais Confucius, qui voulait continuer en profondeur, lui répondit: « Je ne connais pas encore de qui cette chanson fait l’éloge .» Ainsi, il se concentrait et jouait tous les jours et c’était avec le cœur qu’il appréhendait l’esprit de la personne qui était l’objet de l’éloge. Encore un certain temps après, Confucius paraissait pensif, il se mit debout dans un endroit haut et en regardant au loin, il dit: « Je sais de qui elle fait l’éloge! Il a l’air un peu sombre, grand et mince, il est grand d’esprit, de vision à long terme, sa vision est vaste, englobant le Quartet. Si ce n’est pas le Roi Wen de Zhou, qui cela peut être? 4
Après avoir entendu cela, Maître Xiangzi fut très surpris, il quitta immédiatement son siège et se mit en face de Confucius, les mains croisées sur sa poitrine, il dit avec admiration: ‘‘Votre Honneur est un véritable Saint qui connait tout! Ah, le nom de cette chanson est bien « Mélodie du Roi Wen de Zhou »  .’’

Il y a d’autres traductions de ce texte consacrées à Confucius qui apprenait à jouer le qin avec Maître Xiangzi, mais cela ne fait pas partie du sujet dont je vais parler, car, ce qui m’importe, c’est de savoir comment Confucius appréhendait la musique. A partir de cette histoire, on constate que Confucius avait une connaissance profonde de la musique et un grand talent pour comprendre le thème de la chanson. Lorsqu’il apprenait à jouer la chanson avec le qin, il ne se contentait pas seulement de savoir jouer habillement, mais il voulait absolument maîtriser l’esprit de la chanson, il y est arrivé si bien qu’il a reconnu l’âme de la personne de qui la chanson faisait l’éloge et a aussi trouvé de qui il s’agissait exactement.

Pour apprécier la musique, y a-t’il un niveau encore plus élevé que le niveau que Confucius atteignit? Personnellement, j’en doute. Certes, il y a sans doute des gens qui atteignent le même niveau que Confucius, cependant, cela doit être le niveau le plus élevé. Effectivement, le talent musical de Confucius était très élevé, et il a beaucoup de points de vue par excellence à l’égard de la musique et certains de ses points de vue mettent la musique en relation avec la politique, le moral, la manière… Mon étude se consacrera à la musique et Confucius.

I. Le goût caractéristique de Confucius pour la musique

Confucius avait un goût sophistiqué, caractérisé pour la musique, cela se manifeste par exemple dans sa manière de traiter le musicien Mian.

I.1 Confucius recevait Maître Mian, le musicien

“师冕见,及阶,子曰:“阶也。”及席,子曰:“席也。”皆坐,子告之曰“某在斯,某在斯。”师冕出,子张问曰:“与师言之道与?”子曰:“然,固相师之道也” –《论语》:卫灵公篇第十五之四十二

15.42 Entretiens:  Le maître de musique Mian5 était allé rendre visite à Confucius, lorsqu’il fut arrivé au bas des marches, le Maître lui dit :  « Voici les marches! » ; lorsqu’il fut arrivé auprès de la natte, le Maître lui dit : « Voici votre natte. » Quand tout le monde fut assis, le Maître lui dit : « Un tel est ici ; un tel est là. » Lorsque le maître Mian se fut retiré, Zi Zhang demanda si c’était la manière de parler avec un musicien, « Certainement, répondit le Maître, c’est bien la manière qu’il faut pour aider un maître de musique. ” 6

Ce texte nous montre vivement la manière dont Confucius était vis-à-vis d’un maître de musique qui était ordinairement aveugle à l’époque, parce qu’on pensait qu’il n’y avait que les aveugles qui avaient le cœur pur pour appréhender la musque et qui pouvaient se concentraient sur la musicalité. Il paraît qu’à l’époque il y avait des gens qui se sont rendus aveugles eux-mêmes pour être musicien, cela a l’air sans doute cruel aux nos yeux, cependant cela montre que la musique avait vraiment une place particulièrement importante à l‘époque de la Chine. Et par le respect que Confucius avait envers le musicien, il montrait le comportement que les gens devaient avoir lorsqu’ils assistaient un concert, même si le musicien était venu chez lui. Vraisemblablement, lorsqu’il montrait au musicien la place où se trouvait chaque personne, c’était aussi une façon de signaler au musicien qui étaient présentes, ce qui lui permettait de savoir pour qui il jouait, et ainsi de faire attention à ne pas jouer des chansons qui auraient pu embrasser les invités.
Par sa façon de recevoir un musicien, Confucius donnait un exemple sur la manière de recevoir un musicien chez soi, en même temps, son attitude particulière témoignait l’importance qu’il accordait à la musique.

I.2 Confucius et la musique Shao

Confucius avait bien évidemment une très bonne formation en musique, il savait à la fois jouer d’instruments, comme des instruments à cordes, pierre sonore… et chanter: “三百五篇孔子皆弦歌之”7 (Confucius pouvait jouer et chanter tous les poèmes dans 詩經 (les Classiques des Vers.) Plus important encore, il enseignait la musique comme un élément fondamental dans ses cours, et son éducation musicale reflétait son sens unique de la musique et de la théorie musicale.
Il avait toujours des préférences pour 韶樂 (la musique Shao). L’histoire raconte qu’une fois Confucius était allé voir un grand musicien 苌弘 (Chang Hong -582(?)- -492) pour apprendre la musique avec lui. Il lui demanda quelle était la différence entre la musique Shao et la musique Wu (武樂), Chang Hong lui répondit: « la musique Shao est la musique harmonieuse et sereine du sage empereur 虞舜 (Yushun, environ 2277-2178, AVJ), sa mélodie est élégante et grandiose; la musique Wu est la musique sur le Roi Wu de Zhou 1075-1043, AVJ) qui renversa le tyran de Shang. Sa mélodie est dégagée et ample. Le style est différent, mais elles sont tout aussi belles l’une que l’autre. »  Ensuite, Confucius se renseigna sur la différence du contenu entre ces deux musiques, Chang Hong répondit: « La musique Shao met l’accent sur la paix, l’harmonie, la culture des rites, tandis que la musique Wu souligne le grand chao, le grand aménagement, elle expose le mérite.  Donc, la musique Wu est parfaite mais pas la meilleure, mais la musique Shao est à la fois parfaite et la meilleure! »

D’où sa préférence pour la musique Shao. Et il détestait 郑声(la musique Zheng) qui était «obscène», excessive, incontrôlée, qui ne correspondait pas à la beauté de la norme (‘‘不合中和之美’’). La pensée politique de Confucius influençait son goût pour la musique et son goût de la musique reflétait sa pensée politique. Pour Confucius, la musique peut représenter l’image d’un pays, et pour lui, la musique de Shao est la 雅樂 (Musique élégante) par excellent, c’est pourquoi lorsqu’il retourna dans son pays Lu, il essaya de ‘‘corriger’’ les mauvaises tendances dans son pays natal sur la voie musicale: “吾自卫反鲁,然后樂正,《雅》《颂》各得其所” (Je retours en Lu de Wei, je travaille ensuite pour guider la voie musicale vers le bon sens, et que Classique et Ode se retrouvent à sa juste place!)  8

I.3 Le discours de Confucius sur la musique

Les anciens chinois pensaient que tous les êtres humains ont sept émotions: la joie, la colère, la tristesse, la peur, l’amour, le mal et le désir, ce sont des émotions qui doivent être modérées, sinon, le monde entrera dans le grand chao.
La musique peut concilier ces sept émotions à travers des mélodies qui les guident vers la norme et vers la paix, ce qui permettra d’éviter le chao du monde.
Durant la période où Confucius vécut, son pays Lu (鲁) commença à connaître une déchéance, la musique aussi. Les officiels musicales n’étaient pas à la hauteur. En voyant cela, Confucius parla de la musique avec le chef qui était en charge de la musique de son pays:

子语鲁大师樂,曰:“樂其可知也:始作,翕如也;从之,纯如也,徼如也,绎如也,以成。” –« 论语-八佾二十三»

Le Maître, instruisant le grand maître de musique de Lu, dit : « Les règles de la musique peuvent être comprises. Au début, tout est calme, une fois déployées, les mélodies volent en harmonie, ensuite, les cadences sont devenues claires et fluides. Voilà la musique qui est bien composée. »

Cette traduction est de moi-même. N’étant pas sûre, j’ai demandé l’opinion d’experts en musique. Selon Flannery Devine qui a étudié la musique pendant presque toute sa vie: « Ce texte explique vraiment la composition de la musique, donc je pense que vous avez bien traduit l’extrait.  »
Simultanément, c’est aussi possible que Confucius explique ici la façon de jouer la musique collectivement. Et pour lui, jouer un morceau collectivement demande l’accord, à partir duquel, chaque partie doit être en même temps claire et fluide, et dans l’ensemble, on voit la manifestation de la beauté du rythme et du conditionnement. .
D’ailleurs, M. Jet-Tween GONG, un grand maître de la culture chinoise, pense que cette parole de Confucius à propos de la musique contient en effet son message politique: au début, les sons sont banals: ‘‘les dragons sans chef’’, cela dit, un pays sans prince, sans règle; puis, c’est la phase unique et hors commun, cela dit, l’homme en vertus du ciel apparaît; après, c’est le sons haut et élevé, cela dit, la grande voie est appliquée; finalement, la phase de retenir le son pour qu’il ne soit pas trop haut: retenir le dragon excité, à fin de maintenir éternellement l’harmonie.
Quelque soit la traduction, on voit du reste, à travers cette parole, la culture profonde de la musique chez Confucius, ce qui le met au rang de grand musicien. Son instruction sur la musique coïncide parfaitement avec l’organisation d’un pays dans un état idéal. C’était sans doute pourquoi Confucius prêtait tant d’attention à la musique.

II. Confucius et la civilisation de Rite et Musique

Quelques années avant sa mort, Confucius a fait un résumé sur les différentes phases de sa vie:

子曰:“吾十有五而志于学,三十而立,四十而不惑,五十而知天命,六十而耳顺,七十而从心所欲不逾矩。” 《论语-為政篇二》

2.4 Le Maître dit : ‘‘À quinze ans, ma volonté était tendue vers l’étude ; à trente ans, je m’y perfectionnais ; à quarante ans, je n’éprouvais plus d’incertitudes ; à cinquante ans, je connaissais le décret céleste ; à soixante ans, je comprenais complètement, sans avoir besoin d’y réfléchir, ce que c’est la vertu du ciel; à soixante-dix ans, en suivant les désirs de mon cœur, je ne transgressais aucune règle célèste. ’’ 9– ( Entretiens )

La phase la plus importante ici c’est quand il avait cinquante ans où il connaissait le décret céleste: il pensait que son destin était de rétablir le système de Zhou dans lequel 樂 (la musique) prenait, avec 禮 (le rite), la place suprême dans l’organisation d’un pays, qu’on nommait ‘‘禮樂制度’’ (le système des rites et la musique).

II.1. Le système des rites

Le Roi Wu de Zhou réussit à détruire entièrement le royaume de Zhou de Shang (商纣) en an -1053 environ. Il fonda le Royaume Zhou d’Ouest (西周) où il établit un système de hiérarchie strictement défini selon la classe sociale de chacun, dans lequel les rites encadrèrent l’organisation sociale, administrative et politique, afin de développer une variété de lois et d’institutions pour maintenir l’ordre et le pouvoir féodale.
Le principe de ce système de rite est de différencier les gens entre les nobles et les humbles, les respectés et les humilités, les âgés et les jeunes, les proches et les distants. Ils doivent chacun de leur côté suivre et garder leur propre code de conduite qui ne doit jamais être confondu avec celui des autres. Le texte suivant dans les Entretiens illustre bien que Confucius suivait les rites de Zhou (周禮) pas à pas:

颜渊问仁。子曰:“克己复禮為仁。一日克己复禮,天下归仁焉。為仁由己,而由人乎哉?”颜渊曰:“请问其目。”子曰:“非禮勿视,非禮勿听,非禮勿言,非禮勿动。”颜渊曰:“回虽不敏,请事斯语矣。” « 论语 颜渊篇第十二»

12.1 Yan Yuan ayant interrogé Confucius sur la vertu de l’humanité, le Maître répondit :  « Se maîtriser soi-même, et revenir aux rites de la courtoisie, c’est cela le sens de l’humanité. Si un jour on parvenait à se maîtriser soi-même, et à rétablir les rites, aussitôt le monde entier recouvrerait cette vertu d’humanité.  Agir en ce sens, ne dépend-il pas de nous-mêmes et non des autres ? » Yan Yuan dit : « Permettez-moi de vous demander quelle est la méthode à suivre? » Le Maître répondit : « Ne rien regarder, ne rien écouter qui soit contraire aux rites de la courtoisie ; ne rien dire, ne rien faire qui soit contraire aux rites de la courtoisie.  » Yan Yuan dit : « Malgré mon manque d’intelligence, permettez-moi de me mettre au service de ces préceptes. » —  ( Entretiens ) 10
Donc, le système des rites est de classifier clairement les gens selon leur naissance. Mais quand il y a trop de différences dans une société, cela manque d’harmonie. Ce qui impose une tension entre les différentes classes. Donc, un système parallèle doit être établie pour adoucir cette tension, d’où le système de la musique (樂).

II.2 Le système de la musique

Je vous invite à lire deux extraits de 樂記 (Traité de Musique) pour mieux comprendre le système de la musique.

樂記第十九:“樂者為同。禮者為異。同則相亲。異則相敬。樂勝則流。禮勝則離。合情飾貌者禮樂之事。禮義立,則貴賤等矣;樂文同,則上下和矣’’

19. « La fonction de la musique est de concilier, d’accorder les gens; la fonction du rite est de distinguer, de différencier les gens. L’accord mènera à l’harmonisation; la distinction mènera à se respecter. Trop d’emphase sur la musique, conduit au mélodrame; trop d’accent sur l‌’étiquette, mène à l’aliénation. »11

《樂記.樂論》:“樂由中出。禮自外作。樂由中出故靜。禮自外作故文。大樂必易。大禮必簡。樂至則無怨。礼禮至則不爭。揖讓而治天下者。禮樂之謂也。
暴民不作。諸侯賓服。兵革不試。五刑不用。百姓無患。天子不怒。如此則樂達矣。”

« La musique est générée par le cœur, la cérémonie (ou le rite) traduite par l’apparition. La musique vient du cœur, c’est pourquoi elle peut convertir l’esprit d’une façon imperceptible; la cérémonie traduit l’apparition, c’est pourquoi elle peut former le système de l’étiquette. La meilleure musique doit être intelligible, et le meilleur rite doit être simple. Quand la musique peut atteindre le cœur des gens, il n’y a plus de haine, de ressentiment; quand le rite est appliqué, il n’y a plus de conflit entre les peuples. Gouverner le monde par la courtoisie, c’est de mettre en œuvre le système de la musique et du rite.
Les populaces ne causent pas de chaos, les princes se soumettent tous (au Fils du Ciel), sans avoir à recourir à la force, ni avoir besoin d’utiliser des pénalités; les gens n’ont pas d’inquiétudes, le Fils du Ciel ne s’emporte pas, cela montre que le système de la musique a pris son effet partout. » ( Traité de la Musique- Théorie de la musique)

Classique des Rites est un des six Livres triés et réédités par Confucius dans lequel il y a un long chapitre qui se consacre sur la musique: Traité sur la Musique (樂記). Luo Yifeng (羅藝峰) pense que le Traité sur la Musique n’est en effet qu’un autre nom de Classique de la Musique (樂經). Que sa théorie soit fondée ou pas, le Traité de la Musique parle bien d’important rôle que la musique peut jouer pour bien organiser les peuples structurés par les rites, comme sous la dynastie de Zhou de l’Ouest.
Effectivement, durant toute sa vie, Confucius était très attaché à la poursuite de l’idéal qui était de restaurer le système des rites et de la musique de la dynastie des Zhou de l’Ouest. 子曰:“周监于二代,郁郁乎文哉,吾从周。” ( Le Maître dit : ‘‘La dynastie des Zhou a hérité les lois des deux dynasties précédentes (Xia (2205-1767 av. J.-C.) et Shang-yin (1766-1122 av. J.-C.). Que les lois des Zhou sont belles ! Moi, je suis les lois des Zhou.’’ )

II.3. La colère de Confucius contre une époque 禮崩樂坏 (désagrégation des rites et de la musique).

Malheureusement, Confucius vivait dans une époque de 禮崩樂坏 (désagrégation des rites et de la musique), son idéal était mal accepté par les gouverneurs de l’époque. Cela mettait Confucius en colère.
Dans le troisième chapitre de ses Entretiens, on voit un texte qui montre combien il était attaché à ces deux systèmes:

孔子謂季氏,“八佾舞于庭,是可忍,孰不可忍也!” « 論語 八佾篇 第三»

3.1. Le chef de la famille Ji avait huit chœurs de pantomimes qui jouaient la musique et dansaient dans la cour du temple de ses ancêtres. Confucius dit : « S’il ose se permettre un tel abus, que n’osera-t-il se permettre ? » 12

Selon les Rites de Zhou, les différentes classes devaient chacune posséder le bon nombre d’hommes qui jouaient la musique et dansaient dans la cour du temple des ancêtres pendant la cérémonie dédiée aux ancêtres et au ciel: le Fils du Ciel: huit chœurs ( 64 hommes); un prince, six chœurs (48 hommes); un préfet, 4 chœurs (32 hommes). Le chef de la famille Ji n’était qu’un préfet, mais il utilisa 8 chœurs qui était réservé uniquement au Fils du Ciel pendant sa cérémonie. Un tel outrage paraissait dans les yeux de Confucius comme un acte le plus difficile à endurer.
On comprend parfaitement sa colère, parce qu’à partir de 春秋时期 (Période des Printemps et d’Automnes), la musique connut une grande déchéance en Chine, d’où la cause du mauvais destin de Classique de la Musique.

II.4. Le destin de 樂經 (Classique de la Musique) rééditée par Confucius

En tant que grand musicien, Confucius participa lui-même la réédition de Classique de la Musique, un recueil musical daté de l’époque de Zhou d’Ouest. Ce qui est étrange, c’est que Classique de la Musique (樂經) , un des livres les plus précieux qu’il ait réédité a disparu, selon la plus part des chercheurs. Et cela avait une incidence très négative sur le développement de la musique en Chine, qu’on pourrait même en voir quelques traces en Chine moderne.
Dans son ouvrage sur les Entretiens, Li Zehou a fait très peu de commentaires sur le texte 3.23 d’Entretien que j’ai cité dans la partie I. 3. Li prétendait qu’il connaissait très peu la musique, il ne pouvait donc pas donner son opinion sur cet épisode. Malheureusement, c’est peut-être un problème populaire en Chine: il y existe beaucoup de grands savants de tout qui cependant une mauvaise culture musicale. Mais comment ce livre a pu disparaître?
Selon beaucoup, 樂經 a disparu lorsque Qinshi Huangdi a fait bruler tous les livres anciens, mais M. Gong Tienzen, Président de ‘Chinese Etymologie’, a pensé:

« 樂經 is different from all other books. It cannot be burnt. It can always be reproduced as long as the instruments are available. 樂經 was lost because that all its instruments were vanished at the end of the Waring States period. This was a historical mystery. But, I can guess a reason. All those instruments were owned by royal courts. When those States fell, those instruments were either looted or buried, as those instruments were very valuable. Without the instruments,  樂經 as a book was no longer usable or meaningful.
In 1970s, a few complete set of those old instruments were unearthed (at 曾侯乙墓, 编钟 等). With them, we now are able to reproduce the framework and the content of 樂經. »13

Cette observation de M. Gong est intéressante, il est vrai que même avant que Qinshi Huangdi ait brulé des livres, les deux principaux successeurs de Confucius: Mengzi 孟子et Xunzi 荀子 ne parlaient pas autant de la musique que le Maître lui-même. D’ailleurs, il paraît qu’à cause de la méthode peu développée pour fabriquer des livres à l’époque, les anciens chinois avaient pris l’habitude de mémoriser les livres entièrement par cœur. Donc, même si le livre a été brûlé par Qinshi Huangdi, comme la dynastie Qin (秦) ne dura que peu de temps, on aurait très bien pu rétablir ce livre sans problème grâce aux gens qui avaient mémorisé le livre. Et alors, c’est bien un mystère que ce livre ait disparu. Peut-être le raisonnement de M. Gong donne quelques explications: c’était à cause des guerres que la musique a connu une grande déchéance en Chine. D’ailleurs, je me demande si la Classique des Vers a été composée par des vers, alors, la Classique de la Musique pourrait-elle être composée par des notes, par exemple, mais pas par les textes uniquement? En tout cas, cette perte était un grand malheur de la nation entière.
Tout comme le destin de Classique de la Musique, l’idéal de Confucius pour rétablir le système des rites et de la musique connut un grand échec, cependant, ses pensées ont pu rester gravées dans l’âme du peuple chinois de génération en génération.

III. La relation entre la bienveillance, le rite et la musique pour Confucius

子曰:“人而不仁,如禮何?人而不仁,如樂何?” « 论语- 八佾篇第三»

3.3 Le Maître dit : ‘‘Comment un homme dépourvu d’humanité peut-il accomplir les rites ? Comment un homme dépourvu d’humanité peut-il se cultiver en musique ? ’’ ( Entretiens )

Donc, pour accomplir les rites et se cultiver en musique, un homme ne doit pas ¨être dépourvu d’humanité, ici, «仁» (la bienveillance, l’humanité) passe au premier plan, en même temps, «樂» (la musique) passe sur le même plan que «禮» (le rite, la courtoisie) . On entend souvent que 仁治 (gouverné par la bienveillance)、 禮治 (gouverné par les rites) forment les deux philosophies fondamentales de Confucius sur le plan politique, mais rarement pour ne pas dire jamais, on entend: 樂治 (gouverné par la musique). Je pense que c’est parce que dans la pensée confucéenne, les rites et la musique sont presque inséparables, en tout cas, dans cet épisode, 仁, 禮 et 樂 le sont, c’est pourquoi je me demande pourquoi pas désormais ajouter 樂治 (gouverné par la musique) dans la catégorie des pensées fondamentales de Confucius pour souligner l’importance de la musique chez le Maître?

Dans l’épisode suivant, on voit d’avantage que la musique était pour Confucius immanquable dans le système politique.

子曰:“夷狄之有君,不如诸夏之亡也。” –« 論語- 八佾篇第三»

3.5 Le Maître dit : « Les barbares de l’Est et du Nord, qui ont des princes, sont moins recommandables que la Chine peuplée ne reconnaissant plus de prince. » (Entretien)

Autrement dit, même sans le prince, les pays de la Chine, ayant les rites et la musique, seraient mieux qu’un pays barbare où il y a un prince mais pas de culture. Cela prouve de nouveau l’importance des rites et de la musique aux yeux de Confucius. Cela vaut dire aussi: quand la civilisation atteint à un certain niveau, les règles sociales seraient respectées par le peuple sans qu’on ait le besoin de les contraindre. Cela me rappelle quelques pays bien développés en Occident: n’est-il pas vrai que leur système moderne coïncide plus ou moins à la théorie de Confucius, en organisant leur pays par la loi, la culture?

IV. La musique – l’accomplissement de la culture de soi?

Pour Confucius, l’homme peut atteindre la vertu céleste en se cultivant, et la musique est la phase suprême pour compléter la moralité d’un homme:

子曰:“興于詩,立于禮,成于樂。” –« 論語-泰伯第八»

8.8 Le Maître dit : « S’éveiller par la lecture des Vers, s’affermir par les rites, et s’accomplir par la musique. » (Entretiens)

En Antiquité, 詩 (poème) était aussi un genre de musique, surtout ici, 詩 renvoie à 詩經 (Classique des Vers), un recueil de chants de la haute antiquité. Incontestablement, il y a un lien très fort entre Confucius et 詩經 (Classique des Vers), car il aurait lui-même choisi plus de trois cents poèmes sur trois mille d’origine enfin de faire un recueil des vers. C’est pour cette raison que le recueil a été élevé au rang de classique.
Néanmoins, 詩 (poème) est avant tout un produit de langue dans l’univers de laquelle le porteur est mots, ce qui le met dans la dimension sémantique, en plus des significations sémantiques, 詩 porte beaucoup de valeur morale.
Dans le chapitre XVII.9 des Entretiens, nous avons une explication de 詩 (poème) de la part du Maître lui-même:

“小子何莫學夫《詩》,《詩》可以興、可以觀、可以群、可以怨,迩之事父,远之事君,多識于鳥獸草木之名!”« 論語.陽貨»

17.9. Le Maître dit : « Mes enfants, pourquoi n’étudiez-vous pas le Livre des Odes ? Il nous sert à exciter les sentiments, à observer d’un œil critique. Il nous apprend à nous comporter en société, à servir notre père et servir notre prince. Il nous fait connaître beaucoup d’oiseaux, de quadrupèdes, de plantes et d’arbres. »

D’ici, on voit le 詩 (poème) n’a pas seulement une valeur morale, il contient aussi la base des connaissances sur le monde, d’où 興于詩 : en commençant par 詩 ( poème) pour apprendre ses leçons de morale avec une certaine base sur la musique et sur le monde, on peut ensuite tenir debout sur 禮(le rite) qui est la manifestation des lois morales par le comportement humain. Enfin, on arrive à 樂 (la musique), l’univers de laquelle se compose de 5 音 (ou 7 notes), et son support sont les instruments.
A l‘époque, 樂 (la musique) était considérée comme le son céleste, ce qui représentait la vertu céleste. Finalement, 禮 (le rite) s’unit à 樂 (la musique), la vertu céleste, c’est le grand accomplissement d’un être humain, ainsi, 兴 于 詩, 立于 禮, 成 于 樂 (s’éveiller par la lecture des Vers, s’affermir par les rites, et s’accomplir par la musique. )

Conclusion

Confucius était un grand homme qui avait un goût particulier pour la musique, il était aussi un grand musicien qui savait jouer des instruments et chanter. Il appréciait surtout la Musique Classique (雅樂) qui était utilisée par le Fils du Ciel pendant la cérémonie destinée au ciel et aux ancêtres. Il avait une préférence pour la musique Shao qui faisait partie de la musique classique et qui avait une mélodie sereine, élégante et grandiose. Cette musique manifeste la paix, l’harmonie. La musique pour Confucius était avant tout une façon de modérer les émotions des gens, de les adoucir et de les accorder. Pour lui, la musique et le système politique était inséparable, et son destin était de rétablir le système des rites et la musique fondé par Roi Wen de Zhou. Ce dernier était son idole, son modèle, à qui il témoignait un respect absolu. Non seulement il rétablit le Classique de la Musique, mais il enseignait aussi la musique comme un des éléments essentiels de ses cours. Il montrait un profond respect envers les musiciens, il manifestait une passion ardente pour guider la voie de la musique dans le bon sens, grâce à sa grande connaissance en la matière. Envers les gens qui causaient une grande déchéance au système de la musique de Zhou, il nourrit une haine profonde. Pour lui, la musique était la phase suprême pour qu’un homme atteigne la vertu céleste. Et si les systèmes de la musique et des rites sont bien appliqués, il n’y aura plus de violence, de chao, de mécontentements dans ce monde.
Gouverner et organiser un pays par les rites et la musique, non pas par la violence et la force, cela il y trois mille ans, c’est en effet très civilisé et développé. Bien évidement, le système des rites et de la musique que Confucius préconisait n’est plus cent pour cent applicable dans le monde moderne. Du moins, on ne peut plus classifier les gens uniquement par leur naissance, et cela en Chine depuis le renversement de la Dynastie des Qin. Cependant, la conception et l’esprit de ce système qu’il conseillait a une valeur universelle et éternelle, parce qu’il nous mène vers la paix, l’harmonie, la compréhension et la tolérance. L’idéal de Confucius n’était pas approuvé par les princes de son époque, cependant, sa conception et son esprit sont planté dans l’âme de tous les chinois de génération en génération. L’existence du système des rites et de la musique permet la Chine de se vanter de posséder un système civilisé et développé bien en avant, et grâce à Confucius, la Chine est un pays profondément démocrate, malgré tous les défauts qu’elle puisse manifester. Enfin, je voudrais dire: si tous les chefs des pays arrivent à gouverner leur pays par la bienveillance, la courtoisie (au terme moderne) et la musique, il se peut que ce soit la paix et l’harmonie qui règnent désormais dans le monde d’humain.

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2 Comments
  1. François Flori permalink

    Je ne suis pas un spécialiste de Confucius, et j’ignorais l’importance de la musique dans son oeuvre. Votre travail m’a beaucoup appris sur le sujet.
    Je vais me risquer à une application à l’époque moderne de certains passages, tels que : “La musique est générée par le coeur…Quand la musique peut atteindre le coeur des gens, il n’y a plus de haine, de ressentiment,..”
    Je me suis toujours demandé comment une musique pouvait être appréciée dans le monde entier, même dans des pays de culture très différente de son pays d’origine.
    Dans le journal le Figaro du 9 février dernier, le grand pianiste français d’origine italienne Aldo Ciccolini (86 ans!) écrit: “J’ai l’intuition que l’Asie est appelée à dvenir le gardien de la culture occidentale. Il suffit de voir le silence religieuxqui règne là-bas dans les salles de concert. ..”
    Quand j’entend jouer les pianistes Lang Lang ou Yuja Wang, qui comptent parmi les plus grands pianistes au monde, je me demande comment ils arrivent à maîtriser une culture musicale si éloignée de celle de leur pays d’origine.
    Enfin, votre passage sur les relations entre la bienveillance (ren), les rites et la musique me fait penser au proverbe français que vous connaissez sans doute: “La musique adoucit les moeurs”.

    François Flori

  2. Hongbo WANG permalink

    Bonjour M. Flori,

    Je suis désolée de ne vous avoir pas répondu tout de suite, suis surchargée avec mon planning.
    “La musique adoucit les moeurs” est bien une des raisons importantes pour laquelle le Zhou établit le système de la musique. Le proverbe français dont vous avez cité correspond parfaitement à la pensée des maîtres de la Chine à l’époque lointaine, c’est bien une prouve que la musique est quelque chose universelle et elle peut atteindre le coeur de tout le monde, quelque soit son origine et son époque. Donc, la musique peut être une solution pour que les gens de différentes cultures se communiquent, se comprennent…Elle n’est pas seulement quelque chose pour nous divertir, elle peut être l’ambassadeur de la paix, et elle peut jouer un rôle essentiel dans l’organisation d’un pays.

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